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La langue française est truffée d’expressions imagées dont il n’est pas toujours facile de deviner l’origine… En voici cinq qui ne manqueront pas de vous étonner !

Si les mots disaient seulement ce qu’ils sont censés dire, la vie serait bien triste. Coutumes locales, légendes anciennes ou traductions fantaisistes sont à l’origine d’expressions imagées, parfois difficilement compréhensibles pour ceux et celles qui ne les ont jamais entendues.

Et savoir les employer ne veut pas dire qu’on sait d’où elles viennent. Voici cinq histoires insolites pour utiliser ces expressions en sachant vraiment de quoi vous parlez !

Voir midi à sa porte

Heure d’hiver ou heure d’été, ce n’est pas tellement le problème. L’origine de cette expression remonterait à l’époque où le temps qui passe se mesurait sur des cadrans solaires, fixés aux façades des maisons ou au clocher des églises.

Selon la distance et le point de vue, chacun pouvait voir l’ombre portée du soleil sous un autre angle, et lire une heure légèrement différente de celle de son voisin. « Voir midi à sa porte » signifie donc interpréter une situation de manière subjective, en fonction de ses propres intérêts.

« Voir minuit à sa porte », ça marcherait moins bien…
  

Cadran solaire du monastère de Saorge © David Bordes / CMN

  

« Mon petit doigt m’a dit… »

On peut être « uni comme les doigts de la main », et pourtant chacun d’entre eux a son propre rôle.

Le petit doigt ne sert pas à faire du stop, mais il a l’avantage d’être suffisamment fin pour pouvoir se glisser dans l’oreille. Son nom latin auricularius est d’ailleurs dérivé de auricula qui signifie… « oreille » !

Rien d’étonnant, donc, à ce que l’auriculaire murmure parfois quelques confidences à l’oreille des gens…

Placé en début de phrase, « mon petit doigt m’a dit que… » annonce que vous connaissez un secret, ou que vous avez entendu une rumeur, mais que vous ne voulez pas révéler la source de cette information.

Si votre interlocuteur ne veut rien savoir de plus, il n’a qu’à se boucher les oreilles. Mais ça, c’est un boulot pour ses index.
   

Homme se tenant l’oreille, cathédrale de Chartres © Gilles Codina / CMN

    

Verser des larmes de crocodile

Les alligators de Louisiane pleurent-ils lorsqu’on menace de les transformer en sac de luxe ou en bottes de cow-boy ?

Aucune étude scientifique sérieuse sur le sujet, mais on est à peu près sûr que ce n’est pas l’origine de cette expression qui fait référence aux crocodiles de l’Égypte antique plutôt qu’à ceux des bayous américains.

Selon une ancienne légende, les crocodiles du Nil attiraient leurs proies en poussant des soupirs déchirants. Cette ruse aurait inspiré l’idée qu’il existe des « larmes de crocodiles », celles qu’un hypocrite verse en faisant semblant d’être triste ou affecté par une nouvelle (par exemple, si vous lui dites que vous avez perdu votre sac de luxe).
   

Jacques Damiot tenant un crocodile © Séeberger Frères / CMN

   

Conduire dans des tablettes de chocolat

Au Sénégal, lorsqu’on roule sur des tablettes de chocolat, ce sont surtout les amortisseurs qui dégustent.

On ne parle pas de l’état de vos abdominaux, mais bien du revêtement irrégulier de la route sur laquelle vous roulez : un petit creux, un carré, un petit creux, un carré... Les roues rebondissent, le volant godille, le chauffeur bringuebale.

Le chocolat, tout le monde le sait, ce n’est pas bon pour la ligne droite !
   

Chocolat Menier © Reproduction Benjamin Gavaudo / CMN

  

Passer la nuit à l’amigo

Malgré les apparences, cet amigo chez qui l’on passe la nuit n’est pas le gérant d’une auberge espagnole, autre expression célèbre.

L’expression belge « passer la nuit à l’amigo », qui signifie « passer la nuit au poste de police », remonterait à l’époque de l’occupation des Flandres par l’Espagne.  

La légende veut que des soldats ibériques, bien décidés à jeter un délinquant en prison (vruente), lui annoncèrent par erreur qu’ils l’emmenaient au vrunt (ami). Le flamand, il faut le reconnaître, ce n’est pas toujours facile à prononcer !

On ne doute pas de la déception du prisonnier en arrivant sur place, mais l’erreur de prononciation aura suffisamment amusé les Belges pour qu’ils la reprennent à leur manière : à Bruxelles, Vruntstraat s’appelle toujours la rue de l’Amigo. Si on vous invite à y passer la soirée, on vous conseille plutôt d’appeler un ami. 
   

Cellule de la Conciergerie © Benjamin Gavaudo / CMN

   

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