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La langue française s'enrichit chaque année de centaines de mots nouveaux. Pourquoi certains d’entre eux trouvent-ils leur place dans les dictionnaires, et d’autres non ? Nous avons enquêté…

© Gallica BNF  
   

« Les langues ni le soleil ne s'arrêtent plus. Le jour où elles se fixent, c'est qu'elles meurent », écrivait Victor Hugo dans la préface de Cromwell. Eh oui, la langue française ne cesse d’évoluer !

Alors que certaines créations lexicales tombent aussitôt dans l’oubli, d’autres s’installent et sont consacrées par leur entrée dans les dictionnaires de référence.

Mais comment savoir si un néologisme (mot ou sens nouveau) n’est pas simplement un effet de mode ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, chaque éditeur de dictionnaire est libre de ses choix. La décision d’intégrer des mots nouveaux répond avant tout à une volonté de refléter au mieux la réalité d’une langue. « Le dictionnaire est un observatoire, pas un conservatoire », disait d’ailleurs le linguiste et lexicographe Alain Rey.

 

Critère n°1 : la fréquence d’utilisation

Chaque année, les équipes éditoriales des dictionnaires repèrent, dans la littérature, les médias ou encore sur les réseaux sociaux, l’émergence de mots inédits.

Comme les dictionnaires papier ne sont pas extensibles à l’infini, les lexicographes réduisent ensuite cette liste à une sélection de termes prioritaires, dont l’usage devient si fréquent qu’il ne peut être ignoré.

Pour des ouvrages incontournables comme Le Petit Robert et Le PetitLarousse, qui contiennent déjà plus de 60 000 mots, on peut compter sur environ 150 entrées par an !

 

Critère n°2 : la pérennité

Souvent, c’est l’utilisation d’un néologisme dans la durée qui permet d’en mesurer la pertinence. Ainsi Le PetitRobert a-t-il intégré en 2022 le verbe mythonner (« mentir » ou « raconter des histoires »), utilisé depuis les années 1990.

Il est à noter cependant que le processus s’est accéléré pour les éditeurs grand public au moment de la pandémie de Covid-19. Ainsi, les mots coronavirus, covid, confinement, déconfinement, foyer, cluster, vague ou encore distanciation ont fait leur entrée (ou l’objet d’une mise à jour) dans Le Petit Robert 2022.

D’autres termes ont surgi sans crier gare : les enfermistes et les rassuristes, aux analyses diamétralement opposées sur les précautions sanitaires à prendre, se sont invités dans Le PetitLarousse2022, après avoir été omniprésents sur les plateaux de télévision.  

 

Et la francophonie, dans tout ça ?

En 2022, LePetit Larousse nous propose de nous enjailler, mot argotique de Côte d’Ivoire qui signifie « s’amuser, faire la fête ».

L’inclusion de ce type de néologismes, comme le populaire divulgâcher canadien* (équivalent de spoiler) qui fait sourire les amateurs de séries télé, n’est pas rare dans les dictionnaires publiés en France.

Des ouvrages spécialisés tels que le Dictionnaire québecois d’aujourd’hui, publié en 1992, ou encore le Dictionnaire des francophones, permettent également de mesurer les apports du français parlé loin de Paris.

   

Vous souhaitez en savoir plus ? Retrouvez la liste des mots nouveaux du Petit Robert sur www.lerobert.com/mots-nouveaux-petit-robert.html

    

*Le verbe divulgâcher est une création de l’Office québécois de la langue française (pour contrecarrer le spoiler anglais).